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Inondations en Centre Alsace

Les services de l'Etat s'engagent à soutenir les agriculteurs touchés

 

Muttersholtz1Les crues de l'Ill et de ses affluents ont une fois de plus provoqué d'importantes inondations, catastrophiques à cette période de l'année. Les récoltes de fourrages sont entièrement détruites et des tonnes de détritus se sont accumulés sur les parcelles. Les JA et la FDSEA du Bas-Rhin ont lancé une action syndicale le jeudi 7 mai pour obtenir des mesures rapides auprès des pouvoir publics pour limiter l'impact de ces crues.

Afin de sensibiliser les élus et l'administration au problème de gestion de l'Ill, les Jeunes Agriculteurs et la FDSEA des cantons de Sélestat, Marckolsheim, Erstein et Benfeld avaient organisé une conférence de presse sur une des nombreuses parcelles touchées par les inondations. Une délégation constituée d'élus locaux et de représentants de la Chambre d'agriculture de région Alsace (CARA), menée par Gérard Lorber, président FDSEA du canton de Sélestat et Julien Koegler, secrétaire général de JA 67 a rencontré le sous-préfet de Sélestat-Erstein, Stéphane Chipponi. Ce dernier était accompagné de Florent Fever, chef du pôle hydrologie et risques naturels de la Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement d'Alsace (DREAL) et d'Isabelle Muquet, adjointe au chef du service agricole de la Direction Départementale des Territoires du Bas-Rhin (DDT).

Une crue inhabituelle en mai

Muttersholtz3La crue décennale de l'Ill n'a jamais connu une telle intensité au mois de mai. « Les conséquences vont être fortes pour l'activité agricole avec près de 3 000 hectares touchés. La moitié sont des cultures et une partie des dégâts devraient être prise en compte par les assurances. Pour les 1 500 hectares de prairies restant, le constat est plus amer. La première coupe est compromise alors qu'elle représente les deux tiers de la récolte annuelle », explique Gérard Lorber.
La mise en place de prairies près des cours d'eau a longtemps été présentée comme la solution à la préservation des écosystèmes. Aujourd'hui, Gérard Lorber est convaincu que les prairies souffrent encore plus des inondations que les cultures. « Si les prairies doivent être une solution alors les pertes subies par les agriculteurs doivent être indemnisées ! A long terme, il faut prévoir un système d'indemnisation compensant le fait que nous soyons une zone de stockage d'eau pour la zone inondable de l'Ill ».

Des dommages collatéraux du manque d'entretien des fossés

« La crue a eu lieu, il faut maintenant penser à l'évacuation des eaux. Cela passe avant tout par l'entretien des fossés, qui sont laissés à l'abandon depuis trente ans », explique Dominique Kretz, président FDSEA du canton d'Erstein.
Pour Gérard Lorber, il existe un autre problème. « Quand les agriculteurs, pour protéger leurs terres, entretiennent ces fossés et prennent l'initiative de les nettoyer, ils se trouvent confronter à l'ONEMA (Office Nationale de l'eau et des milieux aquatiques) ». Pourtant, pour le sous-préfet Stéphane Chipponi, « l'entretien que fait l'agriculteur n'a pas à être verbalisé ». MutterIl va donc entamer une discussion avec l'ONEMA pour faciliter sa coopération avec les agriculteurs. En outre, les agriculteurs souhaitent pouvoir niveler localement leur parcelle pour éviter les eaux stagnantes et favoriser l'évacuation de celles-ci.
A Sélestat, Denis Digel, représentant de la CARA, a engagé un travail de terrain en collaboration entre la DREAL, la Mairie, l'ONEMA et les agriculteurs. Ensemble, les différents acteurs se sont mis d'accord sur les travaux à conduire pour avoir un réseau de fossés efficaces. « Cela permet de faire sauter certains bouchons et surtout que les gens apprennent à se connaitre ».
Monsieur Chipponi a salué cette initiative et souhaite généraliser cette pratique. Il a ainsi encouragé la DREAL à être moteur dans la mise en place de ce travail collaboratif.

La profession agricole demande la reconnaissance de calamité agricole

MuttersholtzAfin de permettre une indemnisation rapide des dégâts dans les prairies, la profession agricole a demandé que les sinistres constatés soient classés en calamité agricole. Elle souhaite également le dégrèvement de la taxe sur le foncier non bâti (TFNB) pour toutes les communes concernées par les inondations.
Contrairement à 2013, où les inondations avaient donné lieu à une procédure de classement individuel des exploitations, la profession agricole exige une simplification administrative des démarches. Comme le souligne Julien Koegler, secrétaire général des JA 67, « l'exploitant ne doit pas toujours avoir à se justifier sur les pertes engagées. L'administration doit être en mesure d'avoir une cartographie des dégâts ».
La DDT s'est engagée à mener un travail de concert avec la CARA pour quantifier globalement les dégâts par secteur afin d'aboutir à un dégrèvement total de la commune. Le Sous-préfet a quant à lui assuré qu'il allait personnellement intervenir auprès de la Direction générale des Finances Publiques pour faciliter et accélérer les procédures d'expertise et d'indemnisation de la TFNB.
La principale difficulté pour l'administration sera de prouver une perte de rendement supérieure à 25%, car il n'existe pour le moment aucune référence technique à l'échelle de la commune. Les services de l'Etat ont bien conscience du préjudice subit par les exploitants, mais comme le souligne le sous-préfet, « pour indemniser, nous avons besoins d'éléments tangibles ».
Julien Koegler s'est dit inquiet quant aux dossiers de calamité agricole : « ils ne touchent pas tout le monde, pourtant, tous les agriculteurs vont devoir travailler à perte pour remettre en état les parcelles ». En effet, certaines exploitations vont réussir à compenser les pertes engendrées par les inondations, mais malgré tout la perte de fourrage est bien là. « Quelles seront les indemnités pour ces exploitants ? » interpelle-t-il.

Des mesures à prendre sur le long terme

Muttersholtz4Pour une gestion optimale de l'Ill, il paraît opportun qu'un interlocuteur unique s'occupe du fleuve, de la source jusqu'à l'aval. En outre, pour Denis Digel « il est indispensable d'avoir une politique de gestion des eaux pluviales, devenues difficilement contrôlables suite à la forte urbanisation des territoires ». En effet, les crues de l'Ill correspondent de plus en plus aux fortes pluviométries. « Avoir une politique de compensation c'est une chose, mais il faut penser à la gestion des eaux de pluie, pour minimiser les risques » ajoute-t-il.
Le nouveau plan de prévention des risques d'inondation géré par la DREAL prend d'ailleurs en compte cette problématique, afin d'agir pour limiter le débit des eaux pluviales. « C'est un travail à long terme, des stratégies à six ans sont lancées par l'Etat » précise Florent Fever, chef du pôle hydrologie de la DREAL.
Par ailleurs, Julien Koegler suggère que le polder d'Erstein soit utilisé pour empêcher les crues de l'Ill mais aussi de réfléchir à un nouveau système d'aide pour les zones vulnérables. « Surtout que les contrats MAE (mesures agroenvironnementales) signés en 2014 pour favoriser les systèmes fourragers ne sont toujours pas payés ! Les paiements doivent intervenir rapidement, car les trésoreries sont de plus en plus tendues et l'épisode d'inondation ne va pas aider ».
Enfin, la profession agricole demande la mise en place de mesures pour anticiper les crues afin de permettre aux agriculteurs d'optimiser leur travail et de limiter les pertes. Sur ce point, la sous-préfecture et la DREAL vont réfléchir au développement de l'outil « vigicrues.com » en instaurant un volet à destination des agriculteurs.
Un problème de taille reste sans réponse : « que faire de l'herbe souillée par ces inondations ? » demande Claire Dutter, représentante CARA. En effet, les agriculteurs espèrent que l'eau va s'évacuer rapidement pour reprendre les travaux. « Un travail va être mis en place avec la Région, seule instance compétente dans la gestion de l'Ill, pour trouver une solution de valorisation de ces fourrages », a indiqué Gérard Lorber. Muttersholtz2

Pour le sous-préfet de Sélestat-Erstein, l'urgence est bien de mettre en place un système d'indemnisation des agriculteurs touchés par les inondations. Il a donc demandé à la DDT la mise en place du dégrèvement sur la TFNB en constatant la calamité agricole. Rendez-vous est d'ors et déjà pris dans un mois pour faire le point sur l'avancement du dossier et permettre un soutien rapide aux agriculteurs.

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